GARE
(Jean-Yves Guindon, peintre)
La gare de Buckingham jonction, aujourd'hui propriété du Canadien Pacifique (CP) est localisée à Masson à l'est de la Lièvre, au nord de l'agglomération formée sur cette rive.La gare, construite en 1877 par le Québec, Montréal, Ottawa et Occidental (QMO&O), constitue un bon élément d'interprétation de cette compagnie aujourd'hui disparue. Elle fut à l'origine du développement de la localité et demeura, longtemps, un support important de son activité économique.
Son modèle architectural reprend la silhouette et le plan habituellement utilisés par cette compagnie tout au long de son parcours en bordure du fleure St-Laurent et de la rivière Outaouais.
La voie ferrée fut conçue comme chemin de colonisation puis comme entreprise gouvernementale. À la fin du XIXe siècle, deux ans après l'achat de la voie ferrée par le Canadien Pacifique (CP), une jonction fut construite pour desservir le village de Buckingham situé à quelques kilomètres au nord.
La compagnie du chemin de colonisation du nord de Montréal fut incorporée en 1869 pour construire une voie ferrée des environs de Montréal à Saint-Jérôme. De là, une extension se dirigerait vers le nord et vers la vallée de l'Outaouais à l'ouest. Sous l'influence de Hugh Allan, président de la compagnie ferroviaire, ce projet initial fut modifié dès 1870. On voulut désormais que cette voie ferrée devienne la section est du transcontinental projeté (le futur Canadien Pacifique) et la base de l'exploitation des ressources minérales et forestières de la vallée de l'Outaouais. Dès lors, l'objectif prioritaire du chemin de fer fut d'atteindre les environs de Hull.
Le 24 juillet 1873, un contrat de construction fut signé avec Duncan Macdonald et les travaux débutèrent dès l'automne. Mais le choix du tracé à proximité de la Lièvre fut contesté. La voie ferrée passera au sud du prospère village de Buckingham pour traverser le secteur dit "du Bassin". Le Conseil municipal de Buckingham tenta, sans succès, de modifier la route ferroviaire. Même si la municipalité était prête à défrayer une partie des coûts d'arpentage d'un tracé qui passerait par North Nation Mills et Buckingham et même si la James MacLaren, principal marchand de bois de la localité, était un ami de Hugh Allan, les plans initiaux ne furent pas modifiés: le tracé longera la rivière des Outaouais et traversera le bassin du Lièvre (futur Masson).
Cependant, la situation économique et le climat politique n'étaient guère favorables à la construction ferrovaire. Au bord de la faillite, la compagnie interrompit ses activités en 1876.
Le gouvernement provincial, conscient de l'importance de ce projet ferroviaire, reprit la construction à son compte ainsi que celle, abandonnée, du chemin de fer de la rive nord. Sous l'appellation de QMO&O, la nouvelle compagnie ferroviaire provinciale reçu le mandat de relier la ville de Québec et Aylmer.
Le contrat de la section ouest fut accordé à Duncan McDonald, qui s'engagea à construire une voie ferrée « de première classe », de Montréal à Aylmer, pour le premier octobre 1877. À la fin de cette année-là, les rails sont effectivement posés sur 117 milles et demie, entre Montréal et Hull, et les trains y circulèrent. Puis une gare fut construite au bassin de la Lièvre (futur Masson).
Quelques années plus tard, le gouvernement annonça son intention de vendre la voie ferrée à l'entreprise privée. La section ouest du QMO&O, de Montréal à Ottawa, fut cédée au CP en mars 1882. Presque aussitôt, la compagnie entreprit la construction d'un embranchement vers Buckingham. Celle-ci fut terminée en 1885, date à partir de laquelle la gare située au bassin de la Lièvre prit le nom de Buckingham-Jonction.
La gare de Buckingham-Jonction rappelle donc les débuts du CP en sol québécois et, surtout, la construction de la première voie ferrée provinciale, le QMO&O. De ce fait, elle constitue un très bon élément d'interprétation de cette importante compagnie ferroviaire aujourd'hui disparue.
(Gare dans les dernières années d'activités)
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HISTOIRE DE LA COLLECTIVITÉ
À l'origine, Masson - connu sous le nom de Bassin du Lièvre, sert de lieu de transit pour le bois provenant des scieries du village de Buckingham. L'arrivée du chemin de fer, en 1877, entraîna le développement économique et physique de la localité.Dans le dernier quart du XIXe siècle, une petite agglomération se forma au lieu dit «du Bassin», située à quelques kilomètres au sud du village de Buckingham, sur la rive ouest de la Lièvre. À cet endroit, la rivière est plus profonde et forme un bassin d'où partent, vers les États-Unis, des barges et des navires chargés de bois. Les planches et les madriers sciés étaient acheminés de Buckingham au Bassin par deux glissoirs, longs de trois kilomètres. Puis, des ouvriers les ramassaient, les triaient et les empilaient jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être expédiés. On ne connaît pas la population de ce bourg mais l'on sait qu'elle justifia la présence d'un bureau de poste vers 1874.
Le développement économique du village, axé sur les grandes cours à bois, connut une relance avec l'arrivée du chemin de fer. Les bateaux et les barges continuèrent de s'approvisionner au bassin du Lièvre mais, déjà, des millions de planches et de madriers, dont les hautes piles régulièrement alignées composèrent deux véritables bourgs, avec rues et carrefours s'étendant à l'ouest et au sud-ouest de la station du chemin de fer. Ce bois fut acheminé depuis les scieries de Buckingham jusqu'au Bassin « pour la raison que cette petite localité jouit de la proximité de la voie navigable de L'Ottawa ainsi que de l'avantage du chemin de fer ». Graduellement, le train, plus rapide, réduisit l'importance du trafic fluvial.
L'arrivée du chemin de fer modifia aussi la configuration générale des lieux en déplaçant l'activité économique de la localité sur la rive est de la Lièvre, à proximité de la gare. Le plan d'assurance-incendie de 1895 nous indique la présence des édifices institutionnels dans ce secteur ainsi que celle de petites industries situées de part et d'autre de la voie ferrée: un moulin à farine, un moulin à laine et un moulin à phosphate ainsi que ce qui semble être la plus grosse industrie du secteur, le Buckingham Planing Mill Co.
Peu après l'arrivée du chemin de fer, la région de la Basse-Lièvre connut une intense activité minière. On y exploita, entre autres, les phosphate. Vers 1885, au plus fort de cette activité, le moulin du Bassin du Lièvre, localisé à Masson, près de la gare, produisait 25 tonnes par jour de minerai.
C'est pendant cette période, à partir de 1885, que le secteur du Bassin (futur Masson qui compte 903 personnes en 1890) tenta d'obtenir une certaine autonomie administrative. Un comité dit de « séparation », dirigé par l'agent de la gare du CP, G.A. Dugal, entreprit des démarches pour former une paroisse distincte. Celle-ci, désignée du nom de Notre-Dame-des-Neiges, fut finalement érigée canoniquement le 25 décembre 1897. Le village de Masson fut incorporé la même année.
En 1900, 1 500 personnes habitaient Masson. Mais à partir de là, la courbe démographique diminua constamment car le travail était rare et l'émigration vers les États-Unis constante. Puis le marché des phosphates s'effondra. Par ailleurs, la MacLaren transféra ses cours à bois de Masson à Buckingham en 1905. À partir de ce moment, la compagnie achemina de Buckingham, par voie ferrée, ses produits pour les États-Unis. Masson n'ayant plus son rôle d'entrepôt du bois, sa gare, par le fait même, perdit de son importance puisque le trafic de marchandises diminuait considérablement.
Dans les années 1910, Masson compta peu d'industries. À part les cinq magasins généraux et une dizaine d'autres magasins de moindre importance, on y dénombrait un moulin à farine, une manufacture d'engrais chimiques et des usines d'exploitation du mica employant une cinquantaine de jeunes filles.
À la fin des années vingt, toutefois, une importante industrie s'implanta à Masson, accentuant ainsi son activité ferroviaire. En effet, les industries MacLaren, de Buckingham, y construisent une papeterie d'une capacité de 350 tonnes par jour ainsi qu'une fabrique de pâte chimique et une centrale hydro-électrique de 120,000 c.v.
L'industrie, installée sur la rive ouest de la Lièvre, fut reliée par voies secondaires au chemin de fer du C.P.. La proximité de la voie ferrées fut, évidemment, l'une des causes de l'implantation de l'industrie à Masson.
L'arrivée de nouvelles familles a été rapidement annihilée par un important incendie. En 1930, le feu détruisit une grande partie du village. Les maisons ne furent pas reconstruites, sans doute parce que la crise économique sévissait là comme ailleurs. La population passe de 2 015 personnes en 1931, à 1 226 en 1941. La gare jouait toujours un rôle économique d'importance dans la localité comme le démontre l'utilisation encore courante de « Buckingham-
Jonction » pour désigner l'agglomération. Le chemin de fer, toutefois, est sérieusement menacé: en 1942, la municipalité de Masson « jouissait d'un service très efficace de transport par camion ».À partir du milieu du siècle, la population augmenta de façon régulière. Masson, qui comptait 1 469 personnes en 1954, constituait une sorte de faubourg ouvrier de Buckingham, où siègaient les bureaux de la MacLaren. L'entreprise construisit d'ailleurs une nouvelle fabrique de pâte mécanique à Masson en 1959.
Au début des années 1980, la MacLaren déménaga la plupart de ses opérations à Masson et modernisa ses installations. Une nouvelle machine à papier fut construite en 1983. Elle était l'une des plus grosses au monde avec une production, en 1989), de
170 000 tonnes de pâte à papier par jour. La majorité de la population locale (4 842 habitants) travaillait pour cette grande industrie. Mais le chemin de fer, déclassé par l'utilisation du camion, n'était plus associé aux opérations de la papeterie. La gare fut abandonnée pendant de nombreuses années, elle qui fut directement liée au développement et à la naissance de la localité à la fin du XIXe siècle.
Gare actuellement
1999-2000En décembre 1999, une première approche a été faite pour former un comité dans le but de voir les possibilités de restaurer la gare et de lui donner un nouvel essort. L'avenir nous dira si notre gare sera détruite ou si la volonté des gens sera assez forte pour lui donner une nouvelle vie.
(Gare de l'an 2000 - Photo de Caroline Charron)![]()
Informations suite aux recherches à l'hotel de Ville, documentation «commission des lieux et monuments historiques du Canada - rapport sur les gares ferroviaires»Titre: Gare du Canadien Pacifique Masson (Buckingham -Jonction), Québec.
Source: Yves Laframboise et Louise Côté, Ethnotech inc.